Lauréat 2013

Prix Lémovice 2013 : Guillaume Roques pour son master 2 La rançon en France au Moyen Age, Ve-XVe s. Pratiques, enjeux, perceptions sociales  (Université de Limoges).

Remise du Prix Lémovice lors de l'assemblée générale du 6 octobre 2013. De gauche à droite : Évelyne Proust (trésorière), Catherine Faure (secrétaire), Guillaume Roques, Robert Chanaud (président).

 

 

Résumé de la communication de G.Roques

lors de l'assemblée générale

 

La rançon en France au Moyen Age, Ve-XVe s.

Pratiques, enjeux, perceptions sociales

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Durant les premiers siècles médiévaux, tout comme dans l'Antiquité, les rançons opérées dans le contexte de la guerre furent rarissimes. La rançon fit une irruption massive avec l’arrivée de troupes vikings et sarrasines sur le sol carolingien, du VIIIe au XIe siècle.

 

A partir du milieu du Xe siècle, les chevaliers se mirent à leur tour à rançonner leurs ennemis. Trois facteurs principaux expliquent l’essor de la rançon à cette époque. Tout d’abord, la mise à rançon offrait un débouché économique des prisonniers alternatif à l’esclavage qui prenait alors fin. Ensuite, l’ère féodale vit se multiplier les conflits entre potentats locaux, durant lesquels la capture et la mise à rançon d’un adversaire pouvait permettre d’obtenir un avantage politique, stratégique ou économique. Enfin, le petit groupe endogène des chevaliers qui s’était accaparé le monopole de la guerre était plus enclin à rançonner ses membres qu’à les mettre à mort.

 

L’usage de la rançon se répandit dans l’ensemble de l’aristocratie, jusqu’aux rois, durant le XIIe siècle. L’encadrement de la rançon par l’éthique chevaleresque, exigeant notamment que les captures soient loyales et les mises à rançon courtoises, contribua à légitimer cette pratique face aux critiques du clergé.

 

Dès lors la rançon devint un moteur économique essentiel des campagnes militaires. Le système des rançons permettait aux chevaliers, qui n’étaient pas stipendiés par les princes pour lesquels ils se battaient, d’obtenir les subsides nécessaires à leur activité. L’illustre Guillaume le Maréchal basa en partie sa formidable ascension sur les rançons des chevaliers qu’il capturait lors de batailles ou de tournois.

 

Les mises à rançon de personnages importants pouvaient se révéler des atouts stratégiques essentiels ; par exemple, la rançon de Jean II le Bon, qui fit l’objet du traité de Brétigny (1360), marqua un tournant décisif de la guerre de Cent Ans.

 

La guerre de Cent Ans fut, selon l’expression de Ph. Contamine, « l’âge d’or des rançons ». A cette époque la pratique de la rançon explosa : des capitaines de compagnies, tels Robert Knolles, en firent leur principal moyen de subsistance ; et un certain Jean Rousselet affirmait en 1444 avoir été capturé 14 fois durant sa carrière militaire !

 

Le regain de puissance et d'autorité des couronnes favorisa une gestion de plus en plus centralisée des rançons militaires. Les rois tentaient de s'assurer la maîtrise de prisonniers, par le recours aux coutumes, par l'établissement d'ordonnances royales, par les arbitrages opérés par la Cour du Parlement, par des accords passés avec des capitaines ou encore par le rachat des captifs. La maîtrise des prisonniers de guerre fut une des matrices de l’armée moderne.

 

G. Roques